• Juliette Deplage

Nellie Bly, Dans l'antre de la folie - Virginie Ollagnier - Carole Maurel

Dernière mise à jour : 4 mai


Résumé :


« Pour mener son enquête, elle se fera passer pour folle.


Nellie Bly est complètement folle. Sans cesse, elle répète vouloir retrouver ses « troncs ». Personne n’arrive à saisir le sens de ses propos, car en réalité, tout cela n’est qu’une vaste supercherie. Nellie cherche à se faire interner dans l’asile psychiatrique de Blackwell à New York dans le but d’y enquêter sur les conditions de vie de ses résidentes. Y parvenant avec une facilité déconcertante, elle découvre un univers glacial, sadique et misogyne, où ne pas parfaitement remplir le rôle assigné aux femmes leur suffit à être désignée comme aliénée. L’histoire vraie de la pionnière du journalisme d’investigation et du reportage clandestin. Un récit poignant porté par le mépris de l’injustice et des persécutions, enrobé d'un graphisme élégant... »



Mon avis :

Nellie Brown est une bonne comédienne. Aux yeux de tous, c’est une folle qui aura parfaitement sa place à l’asile de Blackwell’s Island. Sans aucune difficulté, en deux temps trois mouvements, la voilà déclarée aliénée par les personnes « compétentes ». Nelly Bly, de son vrai nom Elizabeth Jane Cochrane réussit le premier grand coup de sa carrière de reporter : se faire enfermer pendant 10 jours dans cet hôpital psychiatrique new-yorkais pour mener une enquête pour le journal Le New York World sur les conditions d’internement des femmes. Accrochez-vous ça fait froid dans le dos. Plus on se rapproche de cette île, plus les dessins prennent des couleurs verdâtres et sombres à l'allure du tombeau qu’est indéniablement cet asile. Mais la folie n’est pas seulement vue par un seul prisme : la terreur avec les tentacules dignes de Lovecraft et les fantômes victoriens; il y a aussi une partie plus onirique. Il y a un contraste parfaitement dosé ne serait-ce que graphiquement entre les scènes du passé de Nellie plus colorées, flashy et le moment T de l’histoire à l’hôpital, en partie austère. On comprend très vite via les tonalités opposées la rupture au niveau de la narration. Virginie Ollagnier et Carole Maurel nous invitent à rentrer dans une danse où la démence est contagieuse.


Qui sont ces femmes internées ? Certaines sont malades mais la plupart sont saines d’esprit mais voilà : elles se révoltent, ne remplissent pas le rôle assigné aux femmes. Le défaut d’argent peut également les conduire là-bas. Rappelons que les femmes dans les années 1870 avaient le droit de travailler mais il fallait l’accord de leur père ou de leur mari. Notre héroïne a très vite compris l’injustice de son sexe et ce depuis son plus jeune âge. La mort de son père va marquer un tournant dans sa vie puisque le monde de l’enfance s’écroula pour elle comme un château de cartes. La justice a vendu tous les biens de la famille et sa mère de par son veuvage ne pouvait être que la témoin impuissante. La cruauté des femmes est également à l’ouvrage : je parle ici des infirmières de l’asile qui n’hésitent pas à torturer les patientes et à y prendre un malin plaisir sous les regards aveugles mais consentants des médecins (certains également violeurs). Nelly tiendra 10 jours avant que son avocat ne vienne la sortir de là. Grâce à son témoignage, l’affaire éclata au grand jour pour donner une voix à toutes ces victimes. Son combat était de défendre les injustices et sa détermination résidait aussi dans le fait que c’était elle la cheffe de famille et qu’elle se devait de subvenir aux besoins de sa mère sa soeur et sa nièce. Une histoire vraie avec une figure avant-gardiste à découvrir dans ce roman graphique aux portes de l’enfer. C'est un coup de coeur !

Le récit de cette expérience de Nellie Bly est également à retrouver dans son livre 10 jours dans un asile publié aux Éditions Points.



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