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Chapitre 2 : Le départ pour Megève ou une question de survie!

Dernière mise à jour : 11 mars 2021



« Toujours est-il, et comme un malheur n’arrive jamais seul, trois mois après ma naissance mon état de santé se détériora très rapidement. Je dois vous confesser que je ne pesais pas plus lourd qu’un pain de trois livres lors de ma venue sur Terre.

Problèmes me direz-vous ? Vous avez tapé dans le mille. Cette année en 1934, l’été en Algérie affichait des records de température : 40 degrés à l’ombre, et de sécheresse. Le vent du désert « le sirocco » asséchait les plantes, épuisait les hommes, les femmes et les enfants. 24 heures sur 24 ! Je ne supportais plus le climat, un comble pour un jeune pied-noir, nouveau-né. Pour couronner le tout, mes globules blancs triomphaient des rouges avec, de surcroît une dysenterie persistante.

Le professeur Hauël craignait que je ne supportasse pas de passer l’été en Algérie à cause de la chaleur et que je meurs. Il conseilla à maman de m’emmener trois mois en France, en Haute-Savoie. Seule la montagne pourrait me sauver. Je vous laisse à penser le désarroi profond de ma grand-mère Marie Françoise et de ma mère. Envisager un tel voyage, dépassait pour deux femmes seules, l’entendement. Et pourtant, elles ont surpassé leurs angoisses, leurs craintes pour me sauver d’une mort certaine.

Le voyage en bateau s’avéra harassant. Enfin, Marseille, sous l’aile protectrice de Notre-Dame-de-la-Garde nous accueillit. Trop faible pour me rendre directement à Megève d’une seule traite, nous fûmes obligés de procéder par étapes successives ascendantes. Je dépérissais d’heure en heure. Megève parut enfin, perdue dans la brume, comme la bouée de sauvetage tant attendue.


À flanc de montagne, notre logeuse, une brave femme Madame Chaussaland nous ouvrit les portes de son grand coeur et de sa maison. Au bout de quelques semaines, la dysenterie presque guérie, par les médicaments et le bon air, fut priée de déguerpir au plus vite. J’adorais paraît-il « barouder » sur l’herbe grasse, bien verte, parmi les draps blancs qui séchaient à même la prairie. Aucune comparaison avec l’herbe jaunie, brûlée par les rayons hardants du soleil d’Algérie !

Bon an mal an, mon état de santé s’améliora au fil des jours. Mes joues rosirent. Je pris du poids. Toute la famille reprit espoir, mais la dysenterie persistait malgré tout. Au bout de trois mois, le docteur de métropole comme nous disions alors, nous autorisa à rentrer dans notre pays. La Savoie m’avait sauvé.

Quel déchirement que ce départ ! Tout le monde pleurait me racontait ma grand-mère. Jamais nous n’avions rencontré en la personne de Madame Chaussaland une telle bonté. La mort dans l’âme, nous quittâmes Megève mais heureux de rejoindre notre famille d’Outre-Mer.

Devenu adulte, en compagnie de mon épouse Françoise Coutancin, je revins à Megève, en pélerinage. Ce fut en vain et désespéré que je ne pus retrouver celle qui avait contribué par ses attentions, sa chaleur humaine, à me sauver. Au retour, sur le quai du Port d’Alger, tout le restant de la famille réunie, nous fit un accueil triomphal. Je devais être comblé. Je venais de retrouver mes deux mères adoptives : Françoise, soeur de Marie, ma maman, de surcroît ma marraine et ma tante Marcelle 3ème et dernière soeur, la plus jeune aussi au caractère bien trempé.

Afin d’enrayer définitivement la dysenterie, la tante Maria, femme du frère de ma grand-mère, qui habitait à la ferme, connaissait pour cette maladie un remède de bonne femme : un peu de jaune d’oeuf très frais avec un peu d’amidon. Il s’avéra radical. Seule ma mamie me le fit prendre, maman n’osa pas. J’étais guéri ! »


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