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Chapitre 1 : L’Alger de notre grand-père

Dernière mise à jour : 11 mars 2021

Et voilà nous y sommes ! Je vous parlais dernièrement sur instagram de nouveaux projets… En voici un qui me tient particulièrement à coeur et qui est très personnel. Vous aussi votre grand-père vous a raconté pendant de longues heures l’histoire de sa jeunesse ? Pour mes 10 ans, j’avais offert à mon papi Jean, un cahier vierge pour qu’il y inscrive son histoire en guise de témoignage. Ce journal, le voici. Sous forme d’épisodes, vous pourrez découvrir une partie de sa vie de pied-noir, né en Algérie, sa terre natale tant aimée jusqu’à son rapatriement après la guerre d’Algérie en métropole. Je tiens à préciser que je retranscris les propos de mon grand-père sans parti pris. Bonne lecture !


Histoire de raconter ! « De mes arrières grands-parents, pieds-noirs à mes enfants et petits-enfants, à la rencontre de deux civilisations : l’Algérie et la France Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois vous avouer que je ne sais par quel bout commencer ! Les idées se bousculent, s’amoncellent. Je dois faire le vide dans mon esprit pour essayer de façon objective, de vous relater une vie : ma vie ! Premier chapitre : D’un mariage idyllique à un divorce inattendu ! Il était une fois… C’est ce que je suis tenté d’évoquer quand je pense au mariage d’amour le 6 août 1926 entre ma mère Marie Tuduri, d’origine espagnole et mon père Ferdinand Noël, de souche italienne. De leur union naquit, huit ans après, le fruit de leur amour, votre grand-père, le 22 juillet 1934. Fort heureusement mon premier souffle relève du miracle. Jugez-en par vous-même. Jumeau de naissance, je ne dus mon salut, qu’en poussant mon petit frère mort-né. La nature n’avait pas voulu s’acharner plus avant. Elle m’avait laissé un répit de 3 mois ! Quelle aubaine me direz-vous ! Attendez la suite. Tel un effroyable raz de marée, soyons moderne : tsunami, mon père Ferdinand que j’appelerai mon ex, et vous comprendrez bientôt pourquoi… Mon ex, disais-je, par un beau matin de septembre, sous une chaleur accablante et un soleil radieux, quitta la villa « Caroline » que mes parents avaient louée à Fort-de-l’Eau. C’était la station balnéaire à la mode des Algérois. Je tiens à préciser que les Algérois, européens de souche, catholiques, israélites ou protestants se distinguent des Algériens originaires du pays et musulmans. Comme chaque matin, mon ex se rendait à son travail de Fort-de-l’Eau, distant de 20 kilomètres, à Alger, la capitale, au volant d’une splendide limousine. Il avait créé une entreprise de parfums dénommée « Volzo », « Vol » début du nom de son associé et « zo », fin de mon nom. Les affaires étaient florissantes. Le couple nageait dans le bonheur sans privation aucune : changement de salon, salle à manger et chambre à coucher presque tous les ans. Rien ne laissait présager tel un coup de tonnerre, le drame qui allait s’abattre sur ma famille. Ce matin-là, avec le sourire cajoleur et envoûtant comme les Italiens en ont le secret, il avait gratté à la porte de la chambre à coucher, avant de partir en adressant à ma mère Marie, une envolée de baisers et un « je t’aime ma nini ». Maman heureuse, nageait dans le bonheur le plus complet.



Alger dans les années 30

Le soir de ce jour fatidique, un coup de téléphone anonyme, nous informa que mon père ne reviendrait plus jamais. Il avait tout abandonné sur place : meubles, vêtements, affaires personnelles, tout. La stupéfaction et l’anéantissement qui suivirent cette information, conduit ma malheureuse mère dans un état dépressif inquiétant. Qui aurait pu se douter d’un tel comportement. Heureusement que la Sagrada Família, resserra ses liens. Ma grand-mère Francesca Maria, mes tantes Françoise, l’aînée, et Marcelle, la plus jeune, l’ont entourée de toute leur affection, de leur soutien moral et financier. Marie ne travaillait pas. À cette époque, les filles de bonne famille, même originaires de la terre, devaient être de parfaites maîtresses de maison et dotées d’une certaine culture. N’oubliez pas que ma mère Marie, mes tantes Françoise et Marcelle étaient toutes 3 nées à la ferme, à 2 kilomètres de « Retour de la Chasse », d’où son nom, gros bourg rural, proche à vol d’oiseau de l’aéroport de Maison Blanche, et à 3 kilomètres environ de la commune de Fort-de-l’Eau.


L’église de Fort-de-l’Eau


La plus âgée, Françoise était allée à l’école de « Retour de la Chasse » jusqu’à l’âge de 9 ans, puis chez les Soeurs de Saint Vincent de Paul à Maison Carrée où elle obtint avec succès le certificat d’Études Primaires. Les soeurs de l’Ouvroir l’accueillirent par la suite où elle apprit la broderie et les bonnes manières. Il faut savoir que les filles n’avaient pas le droit de s’adresser à des garçons qu’elles ne connaissaient pas ! Marie, quant à elle, suivit les traces de sa soeur aînée avec le même succès. Marcelle, trop petite, restait prudemment dans le giron de sa mère. Heureusement que les temps ont bien changé. Excès contraire peut-être… Ce n’est pas à moi d’en juger !

Enfin toujours est-il qu’après un divorce interminable, mon père qui nous avait lâchement abandonné, ne s’était plus préoccupé de nous. Il préféra convoler avec une jeune secrétaire de son entreprise. Son premier jeune enfant, de sexe masculin décéda peu après, suite à l’absorption de lait sucré, resté trop longtemps dans une boîte de conserve oxydée ouverte. J’appris par la suite que j’avais une demi-soeur Jacqueline, en lisant quelques années plus tard un article paru dans l’Echo d’Alger, relatant les prouesses de cette jeune fille : chanteuse, danseuse, actrice de théâtre. Cet abandon, dans ma tête d’enfant, je ne l’ai jamais accepté, car il a trop fait souffrir ma mère. Je ne comprends toujours pas, même à 72 ans, qu’un être humain puisse avoir le courage de délaisser à trois mois, la chair de sa chair. Quelle opinion voulez-vous que je me fasse d’un être si vil qui aurait dû me servir d’exemple ? À contrario, il a suscité en moi un ressentiment, un rejet, voire de la haine qui n’est pas prête de se tarir. J’en ai trop souffert pour enfin pardonner. Peut-être que touché par la grâce divine, dans un autre monde, la raison ou le miracle s’accomplira. Dieu seul le sait ! »




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